Où va écrire: Présence de la poésie, Jean-François Délisse par Laurent Albarracin, article d’Isabelle Dalbe


Laurent ALBARRACIN, Louis-François Delisse  
Collection ‘ Présence de la Poésie’ 

264 pages 


• Présentation et choix de textes – dont des inédits – par Laurent Albarracin

• Photos du Poète L-F Delisse et photographies prises par Delisse
• Bibliographie ( Essai )

→ TOUTE COMMANDE ET CORRESPONDANCE :

 15 euros  / Participation aux frais d’envoi France 2 € par ouvrage
ÉDITIONS DES VANNEAUX
L’OEUVRE DELISSIENNE

 ENFIN A NOUS EN FAIM

« héron / quand il marche /

j’ai été / regardé /

de l’oeil rond /
de
 l’amour »
Louis-François Delisse – dieu-tige –
Dans la Collection d’importance ‘ Présence de la Poésie ‘ des Editions desVanneaux (collection à l’instar de son aînée et consoeur ‘ Collection Poètes d’aujourd’hui ‘ chez Seghers) témoignant du noyau et du chemin de chaque poète célébré – via les textes choisis, présentations commentées, biographies, photographies, bibliographies – , Laurent Albarracin nous ouvre enfin à l’Oeuvre, pour partie inédite ou en voie de publication, du Poète Louis-François Delisse, né en 1931.

Oeuvre regrettablement encore trop peu vue et sue d’un large lectorat, alors que connue autant que reconnue, depuis longtemps, des plus avisés : de René Char à Henri Michaux, en passant par Raymond Queneau, et l’éditeur Guy Lévis Mano, pour ne citer que quelques noms, parmi les premiers en alerte.
« Quelque chose d’exceptionnel » dans cette poésie, mit d’ailleurs en branle l’oeil et la langue à jour de Queneau, qui le rapportera à Albert Derasse, dans sa lettre datée de 1957.

Aux côtés d’un Poète majeur, Laurent Albarracin a, aujourd’hui, avancé pas à pas, et à oreille énergiquement vive et décisive, pour entendre en long et large une trajectoire poétique fascinante depuis son commencement en 1949, afin de nous la rapporter. Avant cette date, nous est livré et délivré ce qui a aussi construit ce parcours : les facéties du destin de même que les coups du sort.

Donc, la naissance du Poète près de Roubaix, au hameau de Gibraltar, ce dernier posé comme un malicieux pied géographique, un sacré panard en lisière de frontières ( la Belgique est toute proche ) et préfigurant pour le quasi roubaisien Delisse les foulées à venir et en partance vers l’ailleurs : ainsi, l’Afrique gagnée, dès 1954, en port ferme, pour vingt ans éminemment féconds et joyeux en termes de production poétique et de rencontres de vie.
Et, que ce soit dans ou hors de l’Hexagone, la présence d’environnements tout en cordes sensibles, sereins ou en tensions, claquant en formes légères comme en fond hostile, ainsi qu’une maison bergère sur la peau, voire sur le dos, nous donne forcément, en contrepoids, un Delisse en mâle force et fort d’une identité émouvante, singulière et séduisante.

L’Oeuvre, quant à elle, fut à son début, puis trop longuement, comme de petits, puis de grands îlots passés, pour beaucoup de personnes, par le fil de l’haut inaperçu ( donc ignorés ) pour ne pas avoir été publiée de façon et largement ouverte, et continue, certes par la force des choses et par celle d’autres événements plus intimes.

Aussi L. Albarracin oeuvre là pour l’Oeuvre au grand à rassembler ( le livre nègrecouvrant les écrits de la période africaine, et paru; le livre blanc : Le Logis des gémeaux – publication à ce jour incomplète et à paraître au Corridor bleu en 2009 -; et le livre rouge, le plus sulfureux, : Les Lépreux souriants – livre resté inédit jusqu’à sa récente publication en mars 2009 par les Editions Apogée – ), et pour son contenu à approcher dans la forme et au fond.

Pour apprécier la pleine dimension d’un Poète essentiel, et le tirer de son édifiant confinement dans une confidentialité à présent obsolète, écoutons Laurent Albarracin. Ouïes grandes ouvertes à ses propos érudits, précis et tout en finesse, allons cueillir avec tous nos sens aiguisés, une poésie proprement exceptionnelle et à laisser diffuser en et sur soi, puisque le bon entendeur / entendant participe au salut, ce soleil externe, de l’Oeuvre.

L. Albarracin nous présente ainsi Louis-François Delisse :
« . . . Il y a un bonheur tout delissien de la fleur et presque une identification du poète à cet objet : « La fleur est / ma racine / / Une fleur ronde / j’ai cette joie / – cette peine / une fleur tendue. ( . . . ) » (Pour aider la mort, in Aile, elle p. 143). . . . »

La fleur est par excellence notre objet parent. La porter à notre corps consentant et être porté(e) par elle nous vient naturellement, sans l’ombre d’un doute. Elle nous traverse et nous la traversons sans être travesti(e). Alors, nous disons oui à Louis-François Delisse enfleuré et s’enfleurant. Le Poète Delisse : une fleur ronde. Nous avons cette joie.

Sous la roue de la Langue, me voici, nous voici, à nous agiter, du chef, autour de cette fleur. Laurent Albarracin en tête, et en première ligne, propose une lecture riche et passionnante de l’Oeuvre delissienne.
Pour la circonstance, il me plaît de nommer : pétale 1, pétale 2, pétale 3, etc … et calice, les clefs essentielles de l’Oeuvre, telles que nous les livre Laurent Albarracin, et de les assortir de brefs extraits de sa lumineuse approche.
Pétale 1 « Un poète maudit ?
Certains poncifs romantiques ont la vie dure, et nous la rendent plus douce. Celui du poète maudit, ou du moins marginalisé, détenteur d’une oeuvre éclatante et non entendue, convient bien à Louis-François Delisse . . . Certains textes (Les lépreux souriants) ayant attendu plus de cinquante ans entre leur rédaction et leur parution . . . A cette marginalité s’ajoutent les difficultés . . . qui ne peuvent pas ne pas nous renvoyer à l’imaginaire des poètes maudits. . . »
Pétale 2 « Un lyrisme sec.
. . . Ce qui frappe d’emblée à la lecture des poèmes est l’art de la concision . . . Il y a chez Delisse un étonnant lyrisme de la sécheresse, une capacité à faire chanter le monde en le réduisant à quelques éléments extrêmement resserrés et tendus. Cette vibration à laquelle le poète parvient n’est en rien un assèchement . . . C’est tout le contraire même : une joie sensuelle permanente suinte et s’écoule :« elle danse
elle a le soleil de l’eau
sur la tête » Soleil total dans Aile, elle, p. 11
 . . . »

Pétale 3 « La beauté maigre.

Proche de l’imagination du sec chez Delisse est celle du pauvre, du maigre et de l’enfant . . .
La maigreur, qui est la modalité charnue de la sécheresse, est une autre condition d’apparition et d’accessibilité . . . de la beauté. Elle concerne autant la femme que l’enfant . . . « elle a les tétins du poivre » dit Delisse en une image qui énonce combien la maigreur peut être rehaussée d’elle-même jusqu’à la volupté . . . »Pétale 4 « L’âme amoureuse.
. . . La poésie de Delisse est essentiellement amoureuse, et elle l’est d’une manière axiomatique : tout l’univers vient comme vérifier et nourrir cette donnée première.
On peut remarquer que le livre le plus franchement érotique, Les lépreux souriants . . . est aussi celui où le poète livre une espèce de journal de son âme . . . C’est au moment même où la tension sexuelle est la plus forte que la vision poétique est la plus aiguisée, et que le poète est en pleine possession de cette faculté de percer les choses jusqu’à l’âme . . . L’âme apparaît à l’usage et à l’usure de la chair . . . :

« j’ai mis le coeur de son corps
dans l’eau
et j’ai nagé » Soleil total dans Aile, elle p.10
 . . . » 

Pétale 5 « L’enfant de Jocaste. (*)
L’érotisme comme voie mystique n’a rien des manières transgressives d’un Georges Bataille, chez Louis-François Delisse. Il est plutôt une recherche de la pureté, de l’innocence, de l’angélisme et de l’enfance . . . »

(*) Les Enfants de Jocaste, recueil écrit de 1977 à 1982, publié en 1994 – Editions du Rewidiage, LompréPétale 6 « Narcisse noyé en tout.
. . . Les thèmes et les mythes de la culture classique ont depuis toujours accompagné Delisse . . . Ils apparaissent dans la thématique profonde de l’oeuvre et sous forme de citations . . . Parmi ses mythes, la figure de Narcisse revient à plusieurs reprises . . . »

Pétale 7 « Un panthéisme.
« . . . Le panthéisme de Delisse est avant tout un enthousiasme. Aucune doctrine philosophique chez lui mais un naturel mysticisme de la volupté. La connaissance mystique arrive par et comme au détour de la sensation. C’est une espèce de sensualité involontaire qui constitue la voie de cette connaissance . . . : « cette nuit les étoiles / ne sont pas venues au ciel / non – elles brûlaient / dans nos deux peaux » . . . »Calice
« L’anneau de l’univers / Un ésotérisme / L’ellipse absolue / La mort n’existera jamais.
Ce Calice bien tourné, tourne dans le sens d’aiguilles battantes, qu’aiguillées après aiguillées, Laurent Albarracin nous montre :
L’anneau elliptique tendu à mort : « fusant, la chair de coco de son rire » ;
Le vers uni à l’ésotérisme : « soleil est un spasme, le dieu une cendre suspendue – peut-être est-il le mordu la morsure le mordant » ( Les lépreux souriants );
‘ La mort n’existera jamais ‘ : ce cri participe de l’univers; c’est de l’univers absolu – absolument ! : « enseigne au Voyageur que le voyage / ne sert qu’à effacer sa voie / et que le voyageur sera toujours / sans voix pour dire la Voie / tant qu’il n’aura pas fait son affaire / au temps, tant qu’il n’aura pas contenté / le Content / et mon cou fit un cercle complet / et mes membres dessinèrent / l’ellipse pleine pulsante / qui à jamais expulsera de moi / mon tentant serpent / mon Temps » (coda de l’Ode au voyage et à Henri Michaux ). »
Et L. Albarracin d’ajouter à cette résistance à la mort, de Delisse : « Tout le drame que raconte cette poésie se joue entre le fantasme absolu de tuer la mort, d’abolir le temps et le mal, et la conscience que c’est la mort qui finira toujours par l’emporter sur l’enfance . . . ».

Alors que Louis-François Delisse est un Poète manifestement majeur, reconnu très tôt par ses pairs, Laurent Albarracin nous remet définitivement une clef élémentaire pour la compréhension de l’ incompréhension d’une si persistante sinon invisibilité tout du moins non-visibilité de l’Oeuvre delissienne pourtant étincelante dans ses « fulgurances, ses pointes et sommets . . . » :
« Il n’est pas après tout étonnant qu’une poésie de la lumière, de la clarté sèche doive se tenir dans l’ombre de l’époque pour s’élaborer ».Isabelle Dalbe

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