MEL : Présentation, Bibliographie, Extraits de Cécile Odartchenko

photo Cécile Odartchenko

Fille de poète russe émigré en 17 et d’une mère française, Cécile Odartchenko a été élevée dans le midi Pyrénées, jusqu’à l’âge de douze ans. Ne fréquentant pas l’école, pratiquant la langue russe avec sa mère d’adoption, elle est sujette à des insomnies depuis l’âge de cinq ans et ses nuits seront consacrées à la littérature russe, française, anglaise, lectures à haute voix d’abord, puis autonome, devient vite une autodidacte saturée. Revenue dans le milieu familial bourgeois français, ( sa mère a divorcé) elle n’en fera plus qu’à sa tête. Epouse Albert Loeb à 19 ans, trois enfants, vit aux Etats Unis où il a inauguré une galerie d’art en 59. Retour en France en 66, divorce en 70, reprise des études à Vincennes, et premiers travaux littéraires, traductions et livres pour enfants. Premier roman chez Acropole en 83, Perce-nuits, puis Le bilboquet en 93 chez Canevas, A partir de là, des ateliers d’écriture et traductions la font vivre et l’écriture continue. Deux autres romans,(La chair salée, Chardonneret) des essais ( Nerval, Claudel) des textes divers dans des revues.
Aujourd’hui éditrice de poésie, écrit toujours avec le sentiment de cerner de plus près ce qui a été le véritable pivot de sa vie: son héritage russe et sa vie amoureuse.

Bibliographie

Livres pour enfants
à la Farandole,
– Julot la fourmi, dompteur d’ours, 1971
– Sous le plancher, 1972
Chez Nathan
– Dix histoires
Et nombreuses traductions,( russe et anglais), pour Nathan, collections d’Isabelle Jan

Romans
– Perce-nuits, Acropole, 1983
– Le bilboquet, Canevas, 1994
– La chair salée, Le petit Véhicule, 2007
– Chardonneret, Abel Bécane, 2007

Essais
– Lecture de Claudel, G&g, 2004
– Nuancier de Gérard de Nerval, Le petit véhicule, 2006
– Gelsomina, Propos2éditions, 2012
– Idée d’une femme avec photographies de Yann de Fareins, éd. Diaphane, 2012

Préfaces
– Pierre Garnier, aux éditions des vanneaux, 2007
– René Moreu, Je sais un artichaut encore plus beau qu’un porte-bouteille, Vanneaux, 2008

Collection nature, Editions des vanneaux
– Exercices de botanique

Participations
Ouvrages collectifs:
– L’écrivain viendra le 17 mars, La maison des écrivains, 2001
– Au bleu picard, G&g 2002
– Picardie autoportraits, 2005
– Ecrits du nord, 2006
– Rétroviseur, 2006
– Revue 303, 2009
– Cahiers de l’Umbo, 2010
– Les moments littéraires, n°26, 2011

En diverses revues.(poèmes)

Extraits

Perce-nuits
« Elle ouvre les yeux dans le noir, se retourne, regarde les corps derrière elle, couchés, accoudés, renversés, qui n’ont pas bougé, qui se taisent. Elle se demande comment ils font tous, comme elle, pour ne pas crier tout à coup, hurler leur attente de la musique, de Sun Râ, d’une convulsion qui les délivrerait d’eux-mêmes, de cette longue sagesse, de cette patience accumulée; crier, hurler de jouissance et d’amour, mêlant les images érotiques de la virilité mystique, religieuse et grandiose de ces corps noirs avec celles, différentes, d’une virilité mathématique et agressive, orchestrant pour elle d’autres visions dans le noir, sous les spots, flashes sur un morceau de chair blanche désirable, éclatant là, dans le noir, une épaule, un sein, une joue, une fesse.
Se coucher, pense-t-elle, se coucher là avec lui dans le noir. Faire l’amour avec lui. Elle se lève, elle le cherche, elle le trouve dans une autre salle, assis près d’une femme; il parle, il drague. Elle s’approche de lui: « Je croyais t’avoir perdu », dit-elle. Et lui:  » Pas de panique, se dit-il. D’accord, elle est tout le temps là, mais je ne veux pas vraiment qu’elle y soit. » Il la regarde. Elle est vulnérable.  » Merde, se dit-il, elle est trop vulnérable. Je ne peux pas faire de mal à cette femme. Il lui pose doucement la main sur le bras.
Le bilboquet
Quand il se posait ces questions, il avait conscience de la trahir et, coupable, regardant ses yeux humides et grands ouverts, petits lacs d’Islande tout entourés de brume, d’hiver proche et de glaciation, pour ne pas l’inquiéter d’avantage, il montait comme Agda au sommet de sa colonne et là, tenant avec rage les rênes de son grand canasson, il écrasait et piétinait le géant barbu, le géant aux bottes de sept lieues, celui qui en lui-même voulait explorer le monde, poser son pied sur des montagnes où il pouvait creuser des lacs et des défilés avec son gros orteil, puis rouler devant lui, avec des gerbes d’étincelles, la roue de feu et de braise.Il était Agda le rouge, Agda qui savait tout, Odin le magicien… Il pouvait d’une minute à l’autre se métamorphoser, prendre son envol comme un oiseau et disparaître dans le ciel clair, ou s’enfoncer comme un serpent, comme un lézard à cornette, dans le sable chaud. Il pouvait rêver…Et pour rêver, il dormait.
Il dormait car il l’aimait….
Chardonneret
« Ah des visions, il n’en manquait pas – pour ses poèmes, tambour battant la chamade du coeur violenté.Et pourtant, malgré la volée de coups, malgré les hurlements de loup, malgré le sang et malgré lui-même, le bonheur simple d’aimer se levait, comme se lève l’aube sur un jardin au printemps, et toutes les abeilles étaient au rendez-vous, rasant l’herbe trempée de rosée vers les fleurs au parfum étourdissant. Et il savait qu’il pouvait, à qui voudrait bien l’entendre, parler des abeilles et se mettre à étouffer de joie si pure qu’il pouvait, dans son excès d’amour, tomber raide mort.
Alors oui, se cuiter c’était la solution. Car il aurait fallu pouvoir écouler peu à peu son trésor immense, en prenant les perles éblouissantes une par une, et encore en les tenant au creux de la main, à ouvrir seulement la nuit peut-être au cimetière, une nuit de la Saint-Jean, une nuit où tout est possible, même l’ouverture du paporotnik, la fleur de fougère que seuls pouvaient apercevoir les assassins ou les innocents.
Alors, elle aimait? Malédiction, se disait-il en grinçant des dents. Il n’en augurait rien, mais rien de bon, rien du tout, et frisait la folie à cette seule idée.

 

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