Poezibao:EXtraits d’Œuvres poétiques 3, 1979-2002

Cécile Odartchenko poursuit aux éditions des Vanneaux sa grande entreprise de publication de l’œuvre complète de Pierre Garnier. Vient de paraître un nouveau volume, Œuvres poétiques 3, 1979-2002, préface de Claude Debon.

Paons à Saisseval

les Indes dans le village,
oiseaux des îles – géants

ils marchent dans la rue
venant des millénaires plus que de l’infini

sont-ils les oiseaux de l’éternité ?

(caractéristique : ne volent pas à travers
l’espace, mais à travers le temps)

sur la route on les croise :
viennent d’un autre temps,
vont vers un autre temps.

sont de passage.

l’ailleurs ici.

ils marchent comme un compas trace un cercle.

musée en plein air.
ils ont toutes les couleurs de la terre
puisqu’il n’y en a aucune au ciel.

les yeux de la queue de paon ne voient rien
voient le monde.

toujours frileux en plein soleil.

le seul oiseau dont le cri est un appel,

je t’appelle du fond de mon abîme –

je suis là moi l’oiseau magnifique
moi, la pauvre créature,
je t’appelle aux quatre coins du village.

Requiem : le cri du paon.
Et ce temps qui fait roue libre.

Comme au fond du temps tout est rond
on ne retrouve plus l’histoire.

Dans le village ils soulignent la
non-élégance de l’Europe –
ils la souligneraient aussi bien sur les
Champs-Élysées

Ce fut pour eux une telle victoire
qu’espérer être.

Ils sont le O de l’origine.

ils entrent dans le zéro :
d’où leur beauté.

Saint-Quentin

papillons dans le jardin du Musée,
XVIIIe siècle.

Jean-Jacques ici beau et jeune
pense aux pervenches

et aux pensées qui sont aussi des fleurs.

Georges de la Tour        –        Quentin Latour.

nocturnes : ceux de Quentin sont
dans le temps qu’il fait, non
dans celui qui passe.

les nocturnes du premier sont
dans la nuit éternelle,
les nocturnes du second
éclairés par le jour.

à la fin du siècle ces mêmes têtes
ne seront plus qu’un cercle dans le ciel :

celle de Marie-Antoinette.

Robespierre aurait pu être peint
par Latour – mais pas Saint-Just

qui remit son visage à plus tard

tous attendent ici pour jouer
une pièce non encore écrite :

celle de l’au-delà.

l’au-delà, l’en-deçà –
où sont-ils ?
En tous cas très minces
tentant de passer entre la vie et la mort

Pierre Garnier, Œuvres poétiques 3, 1979-2002, préface de Claude Debon, Éditions Les Vanneaux, 2012, 35€, pp. 254 et 158

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