Jean-Louis Rambour, La nuit revenante, la nuit

 

Car nous avons aussi nos corps bruts,

nos ossements de grands déserts,
nos points cardinaux joués aux dès,
nos va-et-vient, nos balances,
nos verres vides à une table où l’on attend la chance,
nos confusions entretenues par des chandelles,
nos grilles où s’accrocher pour faire des soleils.
Dans ce moment je perds mon sang et recense les chardons et
toutes les métaphores depuis les origines du monde,
question de malgré tout se désaltérer
et dégager du silence une longue phase béante. Car
nous avons aussi nos malheurs,
nos yeux fondus, nos poignées de poux
et nos espoirs tus un doigt devant la bouche.
Nous aussi avons eu de quoi rêver
des acacias de neige
et des vins et des roses,
des alibis pour vivre et de la démesure.
Notre monde était rouge autrefois, on s’y caressait beaucoup
et l’air toujours sentait le sucre des marchands de beignets.
Mais c’en est fini et me voici dès lors à tour de bras
blessé dans un trou d’herbes noires.

 

 

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