Extraits de la collection Neige: Caravaca, Kaïteris, Lévesque, Bernard, Hurion, Cassar, Guillier

Un corps contre la terre

Caravaca

Un corps contre la terre

 

Les yeux voient un corps sur la terre, voient un corps contre la terre. Je suis dedans les yeux qui voient. Du ciel, des fragments de nuages aussi. Dedans. Qui tournent sur l’orbite de chaque oeil. Dedans chaque oeil l’image d’un corps contre la terre. On ne sait pas de quelle époque  cela nous est venu. Il y a un million d’années déjà, du ciel et des fragments de nuages tournaient  sur l’orbite de l’oeil. J’ai été dedans il y a un million d’années. J’ai été aussi ce corps contre la terre. Je me suis nourri au sein de la terre. Je n’étais pas mort. Pas vraiment mort.

 

 

Kaïtéris

Héroïnes

Enfant au fardeau

 

 

Avant le coq    dans l’air

la fumée de bois légère

pour laquelle elle se lève

Mais le bois noué à elle

à son dos la courbe

Et cheminant là

où l’âne ne va pas

la vie maintient

sur ses épaules

et son enfance

trente kilos d’eau

qu’équilibre mal

le sourire qu’elle porte en avant

léger lui, dans l’air transparent.

 

 

 

Isabelle Lévesque

 

Va-tout

 

En vent se blesse à dire du sel extrait des mines;

En coeur plein tertre à tartre creuse un feu de rage à concasser le crâne. Et condiments plein corps au poivre ronge l’escarre en corde.

A menace égale.

Entame le rond. Force l’angle où tord-douleur nie tout.

 

En bloc.

Et craquelle en morceaux de mille tailles à pics.

S’enfonce encore: les os sont à portée de pulpe.

Monde en aiguille pure, sans diluer.

En silence avance.

Et bandoulière en brame avait ( printemps).

déliquescent.

Quasiment écrasé – rayon.

Sa formule en pi attaquée ( tout part).

 

 

Sophie Renée Bernard

 

Traduites de la nuit.

 

 

Mourons tous les deux

<regarde que le ciel s’enlace de vert

Nous fouillons sa cendre,

nous prenons part encore

Mourons, avant le déni.

 

C’est que nous avons été Dieu

une fois

dans le jardin qui se peigne,

dans les yeux grands qui  regardent,

dans l’attente de la porte grinçante

de celui qui entre

 

 

dans l’attente de toi, ma certitude,

mon désespoir

( le ciel s’enfièvre)

dans ta main qui me comprend,

dans l’arbre vertical,

par quoi les anges existent

 

Mourons,

dans l’évènement de l’amour.

 

 

Roseline Hurion

 

 

Tailleurs de rêves

 

Une rengaine

 

Il avançait, il reculait. Voulait rattraper le temps et pour cela avait  fait de très savants calculs, relevé toutes les mesures. Or cela revenait à vivre en des jours, en des âges qui n’existaient pas. Il avançait, il reculait. Voulait dépasser le temps comme si, d’une inquiétante dissonance, il s’était révélé le complice; Et cela revenait à détruire cet esprit en lui qui comptait, évaluait selon de très vieilles opérations.

Or ce temps, il le gaspilla. Il s’était trompé dans sa mémoire, précipité dans ses illusions. Et de cette injustice qu’il lui fit, il le perdit.

 

 

Eric Cassar

 

Uniquement

 

Expérimenter

                  Traînées inversées noir rouge jaune…

Déconstruire physiquement les percepts

                   Sens en quête de sens

Mélanger

                    Effleurement mixture infra-sonore senteurs

Déformer

                    Observateur – espaces observés

                    Matière/matière

                    Vacillement d’impressions

                     Métonto

                     à l’infini

 

 

Dilater

Contracter

                      dans tous les sens

                                  et ailleurs

Réinventer

 

 

Vincent Guillier

 

Traité de l’oisiveté

 

 

Non découverte

 

Nous avons  gagné le sépia des jardins

Les fougères sur les murs et son odeur de prison

Aux visions remplies d’échancrures

Et de serments sur le belvédère

On voyait la plaine ses rares lointains

Tu m’as demandé

Si tu étais quelque chose que ferais-tu?

Je fus un chat un vilain un adulte fou

Et toi devineresse aimais-tu te promener

Dans les cimetières à flanc de colline?

C’était vrai tu y cueillais des idées

La laine de mouton aux barbelés

Parmi les branches pour manger des effluves

Tourner la tête et l’oeil

Marcher sans but dans le jus suri des plantes

 

Clermont

 

 

 

 

 

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