Extraits des Petits vanneaux 2: Huglo, Blondeau, Bongiraud, Bay, Garnier, Farina, Curtis

La nuit revenante, la nuit

François Huglo

Ceci, le sang de l’échanson feuillu

Vigne pérenne à charpente aérienne, c’est beaucoup dire. Elle ne tenait pas debout sans un mur. Reptation tenace vers le haut, vers le bas, peu importe à l’amélopsis qu’il scelle ou qu’il fissure, s’il trouve faille où nidifier.
Un âne qui brouta ses branches la tailla le premier, diton. Par hasard la domestiqua l’inventive indiscipline d’un domestique. Et de quatre coups de dents, docte, il la rebaptisa: vitis vinifiera.
De son sang, l’esclave aux moignons en croix devint l’échanson. Pour mêler dans l’amphore au miel, aux aromates, cosmétiques, les boucles noires de l’idole, le maître euphorique abattit les vrais arbres, dessoucha. Les dieux chenus chassés, de terre il dota sa favorite enrubannée à son échalas, simulacre de station debout.

Philippe Blondeau

Décimales

Le pommier

Tellement soucieux de l’histoire et des hommes
qu’il se penche plus volontiers vers la terre
il n’a pas même songé à s’élancer
mais il se concentre en noeuds complexes
et quand l’âge lui vient
les lichens verts et la mémoire
l’enveloppent comme la pierre des statues
dans les jardins incultes où il survit
longtemps après qu’une main vieillissante
pour la dernière fois cueillit le fruit sur l’arbre.

Jean Michel Bongiraud

Abeille(s)

La dame est incertaine dans la neige
Et elle glisse sur ses chaussures.
A l’abattoir le sang a conquis les mouches
Et le boucher est un imposteur.
Je ne parle pas plus fort
Mais je répète inlassablement les mots
Sans manquer de taper dans mes mains.
La cire des abeilles dont je me pare
Me donne un goût d’autruche apprivoisée;
Les hommes aiment à regarder ce tableau.
Ils ont pour le juridique une passion
Et lavent leurs plaies avec des codes.

André Bay

Dérives blanches

……………………….

Le blanc voile du vide.

Le blanc chaos visible de l’invisible.

Il arrive que le blanc du ciel soit comme une célébration du blanc, du blanc poussé au bleu, accomplissement d’un ineffable infini.

Que le blanc s’oppose au noir ne les empêche pas de s’unir dans le gris.

Vallée encotonnée dans ses brouillards, nuages s’étirant sous les premiers rayons, brumes transparentes, naissance du jour.

Pierre Garnier

Heureux les oiseaux
ils vont avec la lumière

………………………………….

ce sont nouvelles de campagne
– la cathédrale nue
dans l’absence de la ville –
une falaise au-dessus de la mer
on ne sait rien de ce qui est au-dessus, en dessous,
de l’herbe rase au-dessus de la nef
à nouveau la possibilité de lire et de naviguer
au-dessus de la croix
– car au-dessus de la cathédrale
l’air est visible
et très haut
( c’est aussi à plat dans la direction de l’est)

il passe sans arrêt des barques

Raymond Farina

Une colombe une autre

A qui ne connaît pas l’oiseau
– c’est du tisserin qu’il s’agit
je demande d’imaginer
trois cents cricris crissant sans cesse
use sort de gazouillis
que strient
de temps en temps
des « tsssp »

Si la colonie musicienne
ne suspend jamais son vacarme
en revanche elle sait suspendre
à la moindre broutille de l’arbre
ses nids: ces boules qu’elle tisse
brimbalant comme des lanternes
quand leurs habitants vont & viennent

On joue à la balançoire
on joue peut-être aussi sa vie
qui ne tient vraiment qu’à un fil
qu’au caprice d’un alizé
qui peut se changer en cyclone.

Michael Curtis

Walking water

En piles ou dans les râteliers
sur des tréteaux passifs
les mots fixent le plafond,
avides d’être regardés
touchés, cajolés.

Les flâneurs passent
feignent l’intérêt,
flirtent avec les livres
les tournent négligemment
les remettent en place

un peu en désordre
et juste désaccordés,
passent le temps qu’il faut
pour que quelqu’un achète à manger
que les enfants essayent des souliers,

sauf vous naturellement
qui vous penchez de plus près
présentez
vos petits seins dégagés
à une dédicace qui prend son temps,.

D’un geste infinitésimal
je ferme le mince volume
le presse `dans votre paume ouverte
laisse vos doigts s’enrouler autour de son dos.

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