Poezibao : Anthologie de Pierre Garnier

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Les Éditions des Vanneaux continuent la belle et courageuse entreprise de l’édition intégrale des œuvres de Pierre Garnier. Voici un second et fort volume consacré à l’œuvre poétique dans une édition qui est un tour de force tant la disposition spatiale de la plupart des poèmes de Pierre Garnier nécessite une grande compétence typographique. Poezibao n’est pas en mesure de reproduire ces poèmes-là mais publie ici quelques extraits d’Ornithopoésie (1986)

les dictatures n’aiment pas les oiseaux.
Ni leurs migrations secrètes.

tous leurs cris
retrouvés plus tard – affaiblis
dans les mots.

le moineau tenu par son épine.

l’hirondelle vole jusqu’au bout de son nom.

un roitelet
la mer
dans la durée des îles.

le corbeau :
sa langue de chancellerie.

*

l’oiseau glisse
hors de lui-même
se rattrapant
plus bas
remontant – puis se perdant
dans l’air qui fut,
qui est,
qui sera
au point d’être courbe.

son nid fait tic-tac.
Puis le pinson précise
le mot
son nid fait tic-tac.
Puis le pinson précise
le mot ″ étoile ″.

la langue des mouettes
– littérature
presqu’écrite.

Le chant de la fauvette :
déjà les collines

*

mince relief de l’oiseau mort :
presque du fil.

devant le roitelet la Mort
une montagne
qu’il va franchir devenant air.

cette mésange
veut s’agripper à un chêne
qui était là voici cent ans.

jeu d’échecs des vanneaux sur les champs
bougeant à peine :
quand le ver le murmure,
quand l’étoile le dit.

l’hiver l’alouette prend un dernier
grain de blé
Au printemps du blé pousse de l’alouette.

*

la tête du colibri
pleine d’un atome l’infini.

j’écoute le chant d’un pinson.
Puis tous deux nous restons silencieux :
qu’écoutons-nous le pinson et moi
depuis des siècles ?

le rossignol chante la nuit.
Le chant qu’il a écouté en silence tout le jour
les étoiles l’ont aussi écouté.

par son chant le merle n’éclaircit rien :
comme le poète
il crée des énigmes

le rossignol peint par touches
l’aube avant l’aube

 

Paons à Saisseval

les Indes dans le village,
oiseaux des îles – géants

ils marchent dans la rue
venant des millénaires plus que de l’infini

sont-ils les oiseaux de l’éternité ?

(caractéristique : ne volent pas à travers
l’espace, mais à travers le temps)

sur la route on les croise :
viennent d’un autre temps,
vont vers un autre temps.

sont de passage.

l’ailleurs ici.

ils marchent comme un compas trace un cercle.

musée en plein air.
ils ont toutes les couleurs de la terre
puisqu’il n’y en a aucune au ciel.

les yeux de la queue de paon ne voient rien
voient le monde.

toujours frileux en plein soleil.

le seul oiseau dont le cri est un appel,

je t’appelle du fond de mon abîme –

je suis là moi l’oiseau magnifique
moi, la pauvre créature,
je t’appelle aux quatre coins du village.

Requiem : le cri du paon.
Et ce temps qui fait roue libre.

Comme au fond du temps tout est rond
on ne retrouve plus l’histoire.

Dans le village ils soulignent la
non-élégance de l’Europe –
ils la souligneraient aussi bien sur les
Champs-Élysées

Ce fut pour eux une telle victoire
qu’espérer être.

Ils sont le O de l’origine.

ils entrent dans le zéro :
d’où leur beauté.

Saint-Quentin

papillons dans le jardin du Musée,
XVIIIe siècle.

Jean-Jacques ici beau et jeune
pense aux pervenches

et aux pensées qui sont aussi des fleurs.

Georges de la Tour        –        Quentin Latour.

nocturnes : ceux de Quentin sont
dans le temps qu’il fait, non
dans celui qui passe.

les nocturnes du premier sont
dans la nuit éternelle,
les nocturnes du second
éclairés par le jour.

à la fin du siècle ces mêmes têtes
ne seront plus qu’un cercle dans le ciel :

celle de Marie-Antoinette.

Robespierre aurait pu être peint
par Latour – mais pas Saint-Just

qui remit son visage à plus tard

tous attendent ici pour jouer
une pièce non encore écrite :

celle de l’au-delà.

l’au-delà, l’en-deçà –
où sont-ils ?
En tous cas très minces
tentant de passer entre la vie et la mort

Pierre Garnier, Œuvres poétiques 3, 1979-2002, préface de Claude Debon, Éditions Les Vanneaux, 2012, 35€, pp. 254 et 158

Pierre Garnier, Ornithopoésie (1986), repris dans Œuvres poétique 2, 1968-1988, préface de Martial Lengellé, Éditions des Vanneaux, 2009, non paginé, 30 €.

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