Concert à la Galerie dimanche 3 décembre

Bonjour à tous, à l’occasion de l’exposition de Max Partezana et de Gérard Bouvier, nous avons le plaisir de vous convier ce dimanche 3 décembre à 16 h à la galerie première ligne pour un concert.
LE TRIO A CORDES  1760-1800
Œuvres de Luigi Boccherini et de Hyacinthe Jadin
Interprété par :
Sylvain Chen, violon I
Youn Young Kim, violon II et alto
Victor Mériaux, violoncelle
cropped-couverture-mp-gb-fb.jpg
 
Publicités

Article de Alain Roussel dans La Pierre et le sel sur le Présence de la poésie consacré à Petr Kràl par Pascal Commère

Un homme marche dans la ville. C’est peut-être Prague, Paris ou Lisbonne. Aux feuilles dont le vert délavé tire vers le jaune pâle et qui résistent encore, s’accrochant aux branches des arbres du boulevard, je devine que nous sommes à la fin de septembre. Ni hâte, ni lenteur, l’homme est un passant attentif au moindre détail, telle « la reluisante rognure d’ongle d’un croissant de lune ». Il se décrit lui-même comme un « piéton métaphysique », traînant son sillage dans le crépuscule, moment de la journée qu’il affectionne tout particulièrement, surtout quand le soleil a disparu et que le gris domine, étalant sur les façades ses subtiles nuances. À cette heure où un certain flottement envahit les contours et grignote le bord des choses comme on mord un chapeau, il a soudain l’impression de n’être qu’une silhouette légèrement tremblante, faisant parfois un signe discret à d’autres silhouettes sur le trottoir d’en face. Il a peut-être un côté flâneur, mais sans la grandiloquence ou la nonchalance. Où qu’il soit dans la ville, centre ou banlieue, il l’aborde toujours par les lisières, celles du regard et des choses, là où ça frissonne, où le monde se révèle fragile et relâche un peu la carapace. Cet homme est un poète. Il s’appelle Petr Král.

Pascal Commère, autre poète dont l’écriture n’est pas sans affinités avec celle de Petr Král mais transposée à la campagne, vient de lui consacrer un livre, publié aux éditions des Vanneaux. Il interroge l’œuvre dans la singularité de son écriture, cette façon si particulière de découper le poème et de répartir les vers sur la page, et met subtilement l’accent sur les éléments clefs d’une mythologie du réel selon Petr Král : le gris, le train, le frisson, le guetteur, le témoin, le tournant, le pont, la pluie, le crépuscule… Le livre de Commère contient par ailleurs un choix varié de la poésie du poète. En voici un extrait, intitulé « (Le crépuscule) », dédié à Nicole Espagnol et Alain Joubert :

Chaque crépuscule apportait un délai. Toute chose
repoussée vers le fond du bleu,
la ville, soudain distraite, flottait au bord d’elle-même,
sous le silence des réverbères près d’accueillir
le premier coup d’aile furtif de la lumière.
De nouveau, le bus nous emportait tremblants
les uns près des autres. Dehors, aux fenêtres déjà éclairées,
ceux qui étaient rentrés saluaient d’un geste bref,
en discret hommage aux parcs morts derrière leur clôture.
Personne ne manquait ; aucun des bouquets de roses ou
de journaux défaits, sur les genoux,
aucune jambe, aucune gorge jaillissant du manteau
mais soudée à son éclat par la nuit du corps qui la
contemple du dedans.
Il fallait pourtant se séparer, retrouver le froid et la rue,
seul ou à deux. La fête, de nouveau, n’était que fête en
miettes, patiemment glanée sur les trottoirs
et dans les salles d’attente des chambres.

Écrire est, pour Petr Král, une façon de marcher. C’est un poète de la présence, dans sa façon d’être, de vivre, de voir. La métaphysique qu’il revendique, d’une mélancolie rieuse, ne se situe pas au-delà de la réalité, mais se révèle en elle par des signes à peine visibles qu’il faut apprendre à lire, ce qui nécessite toute une préparation intérieure. « Chercher à distinguer le givre trompeur des choses et leur faille profonde », écrit-il. A qui sait voir, le théâtre du réel dévoile ses coulisses. Mais Petr Král n’est pas seulement un spectateur : il est aussi dans ce qu’il décrit, il fait partie du paysage, signe parmi les signes. Il peut par ailleurs être acteur et intervenir, modifier la mise en scène du monde. Ainsi, me promenant avec lui à Bordeaux dans un parc par un bel après-midi de printemps, je l’ai vu soudain enlever sa veste d’un geste vif et la jeter sur la pelouse en criant : « c’est le cadavre ». Et à mon grand étonnement, des passants s’arrêtèrent, inquiets, observant la veste comme si c’était vraiment…un cadavre !

Bibliographie partielle

Le livre de Pascal Commère, publié aux éditions des Vanneaux, est une excellente introduction à l’œuvre de Petr Král et propose de nombreux extraits.

Je ne peux citer tous les livres de Petr Král. En voici quelques-uns que je crois essentiels pour mieux connaître cet auteur :

  • Pascal Commère, Petr Král, collection Présence de la poésie, © Vanneaux, 2014
  • Témoin des crépuscules, © Champ Vallon
  • Sentiment d’antichambre dans un café d’Aix, © P.O.L.
  • Quoi ? Quelque chose, © Obsidiane
  • Le poids et le frisson, © Obsidiane
  • Pour l’ange, © Obsidiane
  • Notion de base, © Flammarion
  • Enquête sur des lieux, © Flammarion
  • Vocabulaire,© Flammarion
  • Cahiers de Paris,© Flammarion.

Internet

Kral_1eredecouv

Article sur la collection Présence de la poésie sur Poebzine

Collection « Présence de la poésie »
Éditions des Vanneaux
15 à 25 €, le volume
Tirage : 500 exemplaires

« Non, tous les poètes ne sont pas morts de leur vivant ! »…
Depuis 2007, les éditions des Vanneaux, dirigées par la dynamique Cécile Odartchenko, visent à combattre cette idée reçue en publiant les poètes contemporains dans une collection mêlant à la fois biographie et anthologie de textes (parfois même inédits) enrichies d’un cahier iconographique.

Ces solides monographies sont d’ailleurs toutes écrites par des poètes, eux-mêmes, spécialistes et/ou passionnés par l’œuvre des poètes qu’ils aiment et éclairent à force de la fréquenter assidûment.
Certains d’entre vous verront là une reprise de la célèbre collection Poètes d’Aujourd’hui parue chez Seghers de 1944 à 2007 : ils n’auront évidemment pas tort.

Quinze monographies de grands poètes d’hier et d’aujourd’hui

Peuchmaurd par Albarracin (2011)

À ce jour, quinze poètes ont déjà été intronisés dans cette collection « Présence de la poésie » dont deux Nordistes : Pierre Dhainaut et Louis-François Delisse, aux côtés des Jean Rousselot, Jean Malrieu, Pierre Peuchmaurd, Pierre Garnier, Werner Lambersy et Ariane Dreyfus, pour les plus connus.
Cette excellente collection a maintenant trouvé son rythme de croisière, à raison de trois à quatre volumes par an.

Les deux dernières monographies parues en juin 2014 sont consacrées àPetr Kràl (né en 1941) par Pascal Commère et à Antoine Emaz (né en 1955) par Matthieu Gosztola : on s’en réjouit !

Cécile Odartchenko m’a annoncé les trois prochaines parutions programmées, dont deux sont déjà sous presse. Il s’agit des monographies suivantes :
Ivar Ch’Vavar par Charles-Mézence Briseul
Jean-Pierre Bobillot par François Huglo
James Sacré par Amandine Marembert

On n’arrête pas en si bon chemin les réjouissances poétiques.

© François-Xavier Farine, le 4 septembre 2014.

lien vers l’article : http://poebzine.canalblog.com/archives/2014/09/04/30528324.html

Article d’Alain Roussel sur Laurent Albarracin

lien vers le site La pierre et le sel: http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/cin%C3%A9ma/

Il y a une part de la réalité qui nous est inaccessible, où les mots et les sens ne pénètrent pas. L’endroit est probablement ouvert, mais l’homme s’obstine à lui inventer une porte qu’il a fermée à double tour en lui-même et dont il a perdu ou jeté la clef. Ce qu’il y a derrière ou dedans ou ailleurs, il l’appelle l’innommable, peut-être une façon d’habiller le néant. Notre incapacité à entrer nous condamne à être des interdits de séjour face à ce lieu dans les choses d’un « Secret secret », comme dit si justement Laurent Albarracin dans le livre qui porte ce titre et qu’il a publié chez Flammarion.

Mais le Secret sécrète aussi ! Le monde génère de la substance pour nos sens, s’offre à nous dans les formes les plus diverses. Avec une sorte d’humour objectif, la réalité nous suggère d’un côté qu’elle est totalement inaccessible et de passer notre chemin, de l’autre elle exerce sur nous une séduction, nous invite à faire connaissance, agitant ses voiles pour nous inciter à les soulever. Ainsi l’énigme reste entière. L’arbre que je regarde est un arbre selon mes sens. Je peux le nommer, le désigner comme arbre. Mais mon intuition, qui est aussi une sorte de sens, me dit qu’il y a dans l’arbre une part innommable. Je ne peux donc nommer l’arbre que par défaut : c’est bien l’arbre mais ce n’est pas l’arbre !

Laurent Albarracin n’ignore pas ce paradoxe. Il en fait même un stimulant pour sa démarche poétique. Face aux choses, il est un poète du soupçon, toujours à l’affût. Il interroge la paille, la tasse, la lumière, l’herbe, le renard, la neige… Il cherche en toutes choses la résonnance de toutes choses, avec en écho plus lointain encore cette rumeur du non-dit, de l’impossible à dire. « Ce qui nous échappe nous frôle de son aile », écrit-il dans « Le Secret secret ». Une telle approche n’est possible qu’en remettant en mouvement la méthode analogique. Laurent Albarracin s’y emploie à sa manière, renouvelant ces « figures de style » que sont la métaphore, la métonymie et la tautologie, voyageant des choses aux mots, et même, sans perdre de vue les choses, des mots aux mots par le biais d’une sorte de cabale phonétique. En voici un exemple tiré de « Fabulaux », le livre qu’il vient de publier aux éditions Al Manar :

« L’hippopotame
Avec ses cals et ses bosses
Avec ses calebasses
Transporte l’eau
Dans sa peau et son pot… »

Ce livre est un fabliau, avec son bestiaire, mais la morale qu’il porte ne relève pas des règles sociales que les hommes s’inventent. Elle est plutôt d’ordre universel et vise, par l’analogie, à démontrer l’harmonie qui règne entre les contraires. Ainsi :

« Entre la vaillante fourmi
Et l’éléphant plissé
Il y a tout un réseau de correspondances
De rides et de chemin de vie
Qu’emprunte la fourmi
Pour bâtir l’éléphant
De leur différence… »

Laurent Albarracin vient aussi de publier « Les oiseaux » aux Éditions des Deux Corps. Dans ce livre, il prend son essor à partir des photomontages de Maëlle De Coux : des personnages à tête d’oiseau, plus Laurent Albarracin | Les oiseauxsarcastiques qu’inquiétants, et qui ont l’air de jeter un regard désabusé sur le monde. Dans le texte qui l’accompagne, Albarracin décrit cette variété mutante, déjà présente parmi nous, même s’il faut une certaine perspicacité pour la repérer tant elle a tendance à se fondre dans le paysage :

La grande force des oiseaux est de passer inaperçus, de se tenir au lieu même de l’inaperçu. C’est à cet endroit qu’ils travaillent, qu’ils ravaudent incessamment le monde, le cousent à sa suture insue, à l’espèce de cicatrice ouverte dont ils sont le trajet.

Ces oiseaux-là nous ressemblent, mais ils sont moins belliqueux. Oisiveté, dilettantisme, promenade : ils pratiquent un art de vivre. Ils n’oublient pas pour autant qu’ils sont en exil, cloués au sol, car, dans cette mutation, ils ont perdu leurs ailes !

L’ironie nonchalante et une sorte de tendresse dominent dans ce beau livre dont par ailleurs la réalisation matérielle, qui porte la marque de Laure Missir, est superbe.

Bibliographie partielle

  • Le Secret secret, © Flammarion
  • Fabulaux, © Al Manar
  • Les oiseaux, © Les Deux Corps

Internet

 

Article de Roselyne Fritel sur Pierre Dhainaut

Cet article est la copie d’un original publié en juin 2014 sur La Pierre et le Sel, blog animé depuis 3 ans par Pierre Kobel.

Pierre Dhainaut | simplement pour desserrer nos lèvres

Devant nous s’allongent les ombres, quel sera leur rôle
sinon de prouver que nous en sommes responsables,
nous seulement ? Si les mots avaient eu quelque pouvoir,
le fleuve, en bas, où ne remuent que des reflets de murs,
ils en auraient interrompu le cours,
cette fois, la nuit tombe, et dans la chambre
une fenêtre est restée entrouverte,
l’air qui frôle les doigts n’arrive pas
à les détendre, les corps ne savent plus que faire obstacle,
nous ne nous voyons plus partir à la rencontre.
Quant aux poèmes, ils se remémorent par bribes
ce dont ils ont rêvé : tous disaient l’autre rive,
tous disaient aussi l’enfance éternelle.

(extrait) in L’autre nom du vent © L’Herbe qui tremble 2014, p.27

Ce dernier recueil de Pierre Dhainaut, L’autre nom du vent, illustré de photos de Manuela Böhme, débute par une concertation avec la mort, cette compagne fidèle.

Le premier chapitre, intitulé la mort une fois dite, évoque une à une les ombres aimées. Si j’interroge, c’est que j’espère me retrouver encore en pleine enfance, ce berceau de tous les possibles, auquel il a été arraché par le décès brutal de son père. Blessure irrémédiable certes, mais force et ferment de l’écriture, car rien n’est clos ni opaque. Une source ne cesse de jaillir, elle fendrait la terre aride, de son murmure elle rendrait l’étendue généreuse.Comment aurais-je survécu un jour de plus si j’avais cru la mort définitive ?

Pour le moment ce n’est qu’une bouffée. À peine,
gorge noire, lèvres noires, les ai-je articulées,

les premières syllabes, qu’elles désirent davantage.

Jamais un poème n’a su d’où vient la force qui l’ébranle,
du tréfonds, du dehors, aussi véhéments l’un et l’autre,
au moins sait-il qu’il ne doit pas douter,
que vibre en lui, que s’ouvre leur parole.

Ibid p.15

Une parole qui ne se renie pas, mais vient raffermir l’épaule de celui qui s’interroge. Pierre Dhainaut nous offre là un livre régénérant et modeste à la fois, à son image, où la donatrice demeure toujours la poésie.

En toute voix, une autre voix qui porte un nom de vent, La poésie.

Le second chapitre s’intitule Le port et le royaume. Son port et son royaume, il l’a choisi depuis longtemps, en s’installant à Dunkerque, face à la mer du Nord. Le petit enfant, qu’il dépeint et qui est peut-être le sien, a l’audace d’un explorateur. Chacun de nous s’y retrouve à l’âge des découvertes.

Il n’ira pas plus loin, mais pour lui déjà
c’est le bout du monde, à bout de souffle,
il a couru pieds nus parmi les flaques
en dispersant l’écume, en fixant l’horizon,
alors il s’agenouille, et d’un doigt qui effleure
le sable humide, il cherche à reproduire
ces mots des livres que l’on ouvre avant la nuit
pour que la nuit ne tombe pas, d’où s’évadent
ses amis à dos d’oiseau, à la proue d’un vaisseau,
qui feront ainsi le tour de la terre,
en un instant toute une vie : il a leur âge,
jamais il ne s’effraie, à l’écoute infinie des légendes
il est fidèle. Une à une , longuement,
les lettres qu’il dessine, puisqu’il ne sait
ni lire ni écrire, prennent la forme d’ailes, de voiles,
de nuages dont l’ombre en tressaillant
vole au ras des flots, de la plaine, de l’herbe ardente
après l’hiver, elles s’enchevêtrent, elles se délient,
en réinventent d’autres. Pourtant il ne l’ignore pas,
les vents l’affirment, les embruns vigoureux, la vague
reviendra se répandre en ses empreintes,
aucune n’y résiste, il continuera néanmoins
sans se soucier d’attendre. S’il ébauche un geste,
ce n’est pas à lui de l’achever, à la houle
qui redouble il en confie la charge, puis à l’air qui abonde
dans son tumulte : auprès de la mer un enfant
est toujours disponible, il n’appartient qu’à ce qui vient,
qui s’en va, qui demeure, le front vaste, ruisselant,
les yeux éblouis par le sel, les mains complices,
vulnérables, téméraires, il n’y a plus que des rivages,
pourquoi serait-il seul dans l’arche ?

ibid p.23

Puis pour éclaircir le sujet, il évoque les amis disparus et sans s’attarder, comme les enfants, imagine le monde le temps que le temps se féconde.

Outre-nuit

Et nous fermons les yeux, aurions-nous peur à ce point
de la nuit que nous en refusons le face à face
comme si,chaque fois, ce devait être la dernière ?
Nous ressemblons à ces enfants qui craignent le sommeil,
mais eux ne s’en vont pas sans l’assistance
d’une comptine, d’un conte offerts par une voix aimée,
une caresse aussi a déployé leur front,
les mots alors disent vrai, que réchauffe
la paume affectueuse, ils ne font qu’un rêve avec les rêves,
ils grandissent, ils agrandissent les rivages.

ibid p.31

Le dernier chapitre, Voix devenues paroles, est un précieux testament : les mots qui importent sont à venir, les premiers vraiment

Le poète, en nous livrant avec humilité son expérience, nous rappelle que le poème n’est pas seulement un moyen d’exprimer une émotion. Il nous met en garde contre la tentation de main mise sur la poésie, passée la première inspiration. Il s’autorise à formuler quelques conseils, qu’il s’adresse d’abord à lui-même, le plus important restant de consentir à l’imprévisible : n’attends aucun miracle, le miracle se produira.

À l’origine, une urgence, celle de dire, par exemple, en quoi nous a enchantés la contemplation d’un arbre ou bouleversés la mort d’un ami, et le poème, pensons-nous, sera le moyen le plus efficace. Mais une intention de ce genre n’a qu’une valeur transitoire, puisque les mots sont encore inertes. Notre intention, nous serions assez habiles pour la développer, nous reproduirions l’ordre du discours, qui ne dit rien, qui ne change rien. Le poème n’est pas un moyen, il est un intermédiaire, efficace, il ne le sera qu’en étant fidèle à lui-même, en allant autre part.

Ibid p.61

Il recommande deux qualités que d’ordinaire nous négligeons, la vigilance et le désintéressement. Ce n’est qu’ainsi qu’une voie se dégage, dont nous tenterons de ne pas dévier. L’avidité d’écrire nous conduirait à prendre possession des mots, or un poème ne peut se déployer sans la vertu d’écoute.

Qu’un mot, un mot pourtant que nous avons entendu ou prononcé bien des fois, retentisse, nous alerte, et c’est comme s’il nous prenait la main pour nous aider, nous réorienter. Nous voudrions en savoir plus, il se retirerait.

Ibid p.64

Comme l’amour qui n’est plus l’amour s’il s’estime comblé, la poésie ne se borne pas aux poèmes. Risquons-nous à nommer poésie le désir qui a voulu s’incarner dans une forme, il ne s’incarne que le temps de se recréer. Mais il n’existe pas plus d’art d’aimer que d’écrire. La poésie pourtant, aimons-la dans les poèmes, nous paraîtraient-ils approximatifs si nous leur opposons l’exigence qui est la sienne, ils ressemblent à ces mains que le feu attire, qui ne font que le frôler, mais tremblantes, la nuit ne les obscurcit pas.

ibid p.72

À vous , cher Pierre Dhainaut, le mot de la fin : N’y aurait-il rien après… la poésie se refuse à le dire. Elle est le bien commun. Nous ne mourons que de ne pas aimer.

Bibliographie

  • L’autre nom du vent © L’herbe qui tremble 2014

Internet

Pierre Dhainaut

Article sur Alice …? de Nadia Gilard dans Le littéraire et dans E-volutions Mag

Alice_1eredecouv

http://www.lelitteraire.com/?p=11839

Prête-moi ta plume